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« Place des combattantes et combattants du Sida », par Ariel Weil

Mise à jour le 02/12/2021
Discours d'Ariel Weil, Maire de Paris Centre, tenu à l'inauguration de la Place des combattantes et combattants du Sida, le 1er décembre 2021, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida.
« Le plus douloureux dans les phases de conscience de la maladie mortelle est sans doute la privation du lointain, de tous les lointains possibles, comme une cécité inéluctable dans la progression et le rétrécissement simultanés du temps. »
En 1990, dans son ouvrage À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Hervé Guibert, à qui un hommage a été rendu il y a quelques jours devant l’immeuble où il vécut dans le XIVe arrondissement, nous mettait face au mur glacial de ce qu’a été, jusqu’à 1996 et l’arrivée des thérapies antirétrovirales, l’épidémie de sida et la déflagration qu’elle constitua pour des millions de vies.
Les malades, leurs proches, les professionnels de santé qui les accompagnaient, médecins, infirmières, les militants : ce sont à tous ces combattants et toutes ces combattantes, victimes directes ou collatérales du VIH, que nous rendons aujourd’hui hommage.
En plein cœur de Paris s’élèvera désormais, parce que collectivement, élus et associations, nous l’avons décidé et y avons travaillé, une Place des Combattantes et Combattants du sida. Il ne pouvait y avoir de lieux plus approprié pour consacrer un tel hommage que notre quartier emblématique du Marais, lui qui a constitué, à la fin du XXe siècle, un lieu de liberté et d’émancipation, alors que le VIH, invisible, infiltrait le quotidien de ceux que la société marginalisait : les gays, les migrants, les prostituées ou les usagers de drogues. Une infiltration sournoise, accélérée par les politiques de santé publique tâtonnantes de l’époque, dont les effets se ressentent encore aujourd’hui.
La lutte contre le sida a été et demeure une lutte profondément collective. Les malades, d’abord, entourés de leurs familles naturelles ou choisies. Les médecins, infirmières, dont le dévouement à leurs patients nous a été à tant de reprises conté dans les récits autobiographiques de celles et ceux qui sont tombés, ou ont vu tomber leurs amis. Les militants, bien sûr : malades ou simple alliés, mais dont l’engagement nous oblige et dont les revendications profondément politiques, que cela concerne l’accès universel aux traitements et aux soins, les droits sociaux ou celui à l’indifférence. Ce sont toutes ces personnes, tous ces combats, dont cette place a vocation à participer, aux côtés de tant d’autres lieux, à faire perdurer la mémoire.
C’est grâce à une lutte de longue haleine, acharnée, que nous sommes parvenus à offrir, en France, des moyens qui pourraient nous permettre, à un horizon désormais à portée de main, d’endiguer cette épidémie. La PrEP (Prophylaxie Pré-Exposition) et le TasP (Treatment as Prevention) comptent parmi ces incroyables outils que la recherche médicale a su nous livrer, et il est aussi de notre responsabilité, élus comme associations, de diffuser largement ces armes comme nous en diffusons les messages attachés : une personne séropositive dont la charge virale est indétectable ne transmet pas le VIH. Ce n’est qu’en martelant ce qui peut aujourd’hui sembler des évidences que collectivement nous combattrons les discriminations fondées sur le statut sérologique. Ce combat sera long, mais nous en serons. Il continue d’ailleurs pour tous ceux qui, à travers le monde et particulièrement dans les pays d’Afrique de l’Ouest, n’ont pas la chance d’avoir accès à ces prophylaxies et traitements, aux réseaux d’entraide solidaire et aux solutions d’hébergement.
La crise sanitaire et sociale qui a suivi l’épidémie de Covid-19 a éclipsé, depuis mars 2020, l’enjeu du sida. Une épidémie peut donc bien en cacher une autre, et les associations nous fournissent à ce titre des données sans appel, grâce auxquelles nous constatons que, depuis plus d’un an, l’accès au dépistage du VIH n’a pas pu être pleinement garanti. Nous paierons sur la durée ces négligences, et je salue d’ailleurs ici les associations avec lesquelles la Mairie de Paris Centre a eu l’occasion de travailler, notamment AIDES, pour monter au cœur de la crise du Covid des opérations de dépistages dans des lieux festifs LGBTQI+, permettant, à notre échelle, de contribuer à diagnostiquer les séroconversions et prendre en charge les personnes.
Je tiens donc à remercier l’ensemble des personnes impliquées dans la concrétisation de ce projet, dont Jean-Luc Romero-Michel et Laurence Patrice m’ont tracé les contours à la fin du printemps. Il était pour nous indispensable d’y intégrer les associations, avec lesquelles nous avons eu des débats nourris et constructifs sur cette démarche, son sens et son but. La Journée mondiale de lutte contre le sida ne saurait se résumer à l’apposition de plaques et à la proclamation d’hommages. C’est bien pourquoi nous conjuguons à cet instant, en un seul lieu, trois piliers fondamentaux de la lutte contre le sida : la célébration d’un héritage, d’une histoire et d’une mémoire ; la promotion de la santé et de la prévention ; le combat contre la sérophobie et contre les discriminations.
Je suis fier d’inaugurer cette Place, unique au monde, aux côtés des combattantes et combattants d’hier et d’aujourd’hui.

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